Il s'appelait Daniil. Il avait seize ans à son arrivée chez nous, les côtes saillantes et les yeux encore pleins de quelque chose qui ressemblait à de la confiance. On le nourrit. On lui donna un lit, un rôle, un nom que quelqu'un prononçait le matin. Il pensait que c'était ça, la famille. Il pensait que le prix avait déjà été payé.
Le Vinarque lui demanda de veiller un homme, un étranger blessé que nous avions recueilli dans la cave du quartier bas. Daniil le soigna, lui parla, lui apporta du bouillon tiède. Au bout de neuf jours, l'homme pouvait marcher. Au bout de dix, le Vinarque demanda à Daniil de l'empêcher de quitter la cave. Daniil obéit sans comprendre. Au onzième jour, il comprit. L'homme n'avait jamais été recueilli. Il avait été pris.
Daniil ne posa pas de questions. Il regarda le Vinarque entrer dans la cave, suivi d'un dokkalfar que personne ne nommait autrement que Zdhan. On disait de lui qu'il voyait des choses que les autres ne pouvaient voir. Daniil resta debout près de la porte, parce que personne ne lui en dit le contraire. Quand le silence régna, il resta quand même.
On ne lui expliqua rien. On ne s'excusa pas. Le lendemain, quelqu'un lui servit du bouillon, le même que celui qu'il portait à l'homme. Il le but. Il resta silencieux. Il est _nous_ depuis cette nuit-là.