Nous étions onze dans le Cercle, cette nuit-là. La question était simple : que faire de Vorenn ? Vorenn avait parlé. Pas beaucoup, quelques mots lâchés à un marchand qui reportait au Jaspe, quelques indices sur nos routes d'approvisionnement. Assez pour que trois des nôtres soient arrêtés. Assez pour que nous ne puissions plus lui faire confiance. Le Vinarque a posé la question au groupe. Pas de réponse attendue. Juste le silence, et le temps de laisser le Souffle circuler. J'ai fermé les yeux. J'ai pensé à Vorenn enfant, quand il était arrivé parmi nous, affamé et tremblant. J'ai pensé aux trois qui croupissaient dans les geôles du Jaspe. J'ai pensé à ce que je ferais si c'était moi qu'on jugeait. Le silence s'est alourdi. Quelqu'un a bougé, imperceptiblement, mais nous l'avons tous senti. Puis un autre. Puis un autre. Quand j'ai rouvert les yeux, le Vinarque hochait la tête. Personne n'avait parlé. Personne n'avait eu besoin de parler. Le lendemain, Vorenn n'était plus parmi nous. Je n'ai jamais demandé ce qu'il était devenu. Le Souffle avait tranché, et nous avions tous tenu le couteau. — Énarque Naaktgeboren, lors d'une Veillée